Cela fait un moment que George Viau a dans l’idée d’acheter une maison de campagne pas trop loin de Paris pour se reposer et oublier un instant la vie trépidante de la capitale. Beaucoup d’amis ont déjà franchi le pas et parmi eux, un grand nombre de peintres pour qui la nature est devenue une source de création.
George se tourne vers le docteur Paul Gachet, intime de Van Gogh, qu’il a connu chez un ami commun, Alfred Boll, et avec qui il a eu de longues conversations autour de l’art et des peintres.

Lettre de George Viau au Docteur Gachet
Paris le 12 Octobre 1895
Mon cher Docteur
J’ai eu il y a six mois le grand plaisir de faire votre connaissance chez mon bon ami Alfred Boll, et à la suite de notre longue conversation sur la peinture, il se trouvait que Manet Cézanne Degas Renoir etc. étaient nos maîtres préférés. Nous devions nous revoir et nous montrer réciproquement nos petites collections.
Durant cet été je me proposais d’aller vous rendre visite et en même temps vous demander quelques renseignements sur Auvers qui est paraît-il un ravissant pays, que je ne connais pas.
Je voulais vous demander si vous ne connaissiez pas dans vos parages une propriété à vendre de suite ou, ce que j’aimerais mieux encore, une propriété à louer avec promesse de vendre après un an d’essais. Ayant une nombreuse famille, il me faut une maison assez vaste avec au moins cinq chambres à coucher. Je voudrais une vue étendue et de la bonne eau dans la propriété. Enfin ce serait au prix de 40 à 50 mille environs que je voudrais trouver mon affaire.
Pardon de venir si brutalement vous demander un service, mais en causant avec vous, j’ai trouvé que nous avions tant de choses vues et senties de la même manière que tout naturellement l’idée me vient de vous demander conseil sur une détermination prise par moi-même irrévocablement, d’installer ma famille à la campagne, une grande partie de l’année. Je désire (ai-je besoin de vous le dire) être on ne peut plus à la campagne.
Il faut que ma maison ressemble aussi peu que possible à la villa des environs de Paris, et malgré cela il faut que je ne sois pas à plus d’une heure de trajet (en tout) de mon cabinet, où je suis obligé d’être tous les matins à 9 heures.
Pardon encore de cette trop longue lettre et en attendant le plaisir de vous lire, veuillez agréer cher Docteur mes meilleurs souvenirs.
G. Viau
PS : La gare St Lazare étant plus près de chez moi je la préférerais sans conteste à la gare du Nord.
Il me semble donc que les pays entre Pontoise et Auvers feraient bien mon affaire. On est à Pontoise en 40 minutes par certains trains de l’ouest
Bien entendu, George n’avait pas attendu la réponse du bon docteur Gachet pour chercher sa maison. Il s’était souvenu d’avoir rendu visite à Victor Koning, directeur du théâtre du Gymnase, qui louait une villa à Villennes-sur-Seine. Décédé en 1894, Koning était l’homme qui avait accueilli le couple Lagrange à leur retour de Saint-Pétersbourg pour qu’ils puissent rejouer au Gymnase, salle de leur début. C’est donc tout naturellement que George, devenu le gendre de ces deux comédiens, ait été en proche relation avec Koning.


Autre personne qui connaissait Villennes, Pierre Decourcelle. Le dramaturge et journaliste au Gaulois, était présent lors du mariage de George et de Cécile en 1882. Decourcelle aura sa maison à Villennes en 1897, un an après Viau.
George et sa femme, sur les conseils de leurs amis, se rendent à Villennes, petit village bucolique situé au bord de la Seine et assez proche de Paris par le train. Ils visitent quelques maisons avant de tomber sur celle qui deviendra leur repli campagnard pendant près de quarante ans. Le 11 février 1896, George et Cécile achètent leur propriété pour 67500 francs.